
J'entendis des bruits de pas qui se rapprochaient,
et maudis aussitôt Odette.
Quand je donne mon dernier mot, il est définitif!
Pas besoin de revenir la queue entre les pattes pour me demander de changer d'avis! C'est qu'elle se mêle un peu trop de mes problèmes avec mes paternels, la cocotte! Qu'elle astique la tombe de son mari en me laissant regarder les miennes à la longueur de journée, si ça me chante c'est de mon droit!
- Je vous ai dit de dégager! m'exclamai-je, agacée.
Bien sûr, tout le monde a toujours su qu'Amélie et Téron, ça faisait un.
Et je n'allais certainement pas me lancer dans la subitilité, prendre des pincettes merci mais très peu pour moi, si elle ne pige pas la première fois c'est son problème après tout!
- Mais euh... tu sais que tu vas attraper froid?
- M'en fous. Suis maso. Foutez moi la paix.
- Bien... fit Odette.
Je lui trouvai la voix bien grave, tout à coup.
Elle s'était fait opérer les cordes vocales pour obtenir un timbre de voix plus masculin, dernièrement? Intriguée, je relevai la tête.

Il y eut un bref silence tandis que nous échangions un regard.
- Merde... ca t'aurait dérangé, de prévenir?! m'exclamai-je, le rose aux joues.
- J'aurais bien aimé, mais l'accueil a été si chaleureux... ironisa-t-il.
Quoi, tu veux que je te saute dans les bras, ducon? Tu veux que je te roule un patin? Quoique ça, ce serait une bonne idée... pas mal du tout même...
Espèce d'abruti qui donne pas de nouvelles pendant deux semaines!
- Bon, tu te lèves ou je le fais de force?
Mmh, ce serait tentat, mais... non. Je crois que je vais me relever
moi-même, j'ai encore assez de force - et de dignité - pour ça.

- Comment t'as su que j'étais là? lui demandai-je, plus pour briser le silence qui venait de s'installer que par réel intérêt.
Je me relevai, époussetai mon jean, et lui fis face, le regard malgré
tout curieux. Le sien était d'encre, à son habitude.
- On est Jeudi soir... énigma-t-il.
- Oh.
J'avais oublié avoir mentionné mes visites
régulières du cimetière devant lui.


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