
- Ca parait évident... non? murmurai-je, pas sûre qu'il entende mon
chuchotis qui se fondait dans le vent de Novembre.
Et s'il ne l'entendendait pas, c'était tant mieux. Je ne savais pas si j'avais
vraiment envie qu'il le sache, après tout. C'était mon intimité.
C'était mon jardin secret.
Comme ce jardin où nous étions en ce moment...
Le jardin du secret de leur mort.
Mais... s'il est là en ce moment avec moi dans ce jardin du secret, alors... alors ça voudrait dire qu'il serait destiné à connaître le secret de mon amour?
Je m'attrapai l'épaule droite de la main gauche, créant une barrière entre nous. Pourtant, j'avais envie qu'il la franchisse. Ce serait la preuve... la preuve qu'il était prêt à la franchir, à m'atteindre. Du regard, je le suppliai d'avancer.Parfois, les gens aiment qu'on leur crée des limites, pour qu'ils les élargissent...
- Evident? répéta-t-il, frustré. Je ne vois rien d'évident.
Je rougis davantage et piquai du nez.
- Amélie, relève la tête s'il te plaît.
Non, je ne le voulais pas... je ne voulais pas croiser son regard. Il lirait l'amour dans le mien comme s'il s'était agi d'un livre ouvert, je le savais...

A contrecoeur, je me redressai, et le fixai.
Ses sourcils étaient légèrement froncés, ses prunelles exprimaient l'incompréhension, la peur, et la tristesse. je voulais tellement être le remède à cette torture... mais encore fallait-il que mes soins soient efficaces sur lui. S'il ne m'aimait pas, jamais je ne pourrais soulager sa souffrance.
Hypnotisée par ses lèvres, je sentis les miennes se mettre à trembler.
- Ceux qu'on aime, on ne les juge pas.
Mon coeur me fit mal pour avoir bondi aussi fort.
Ses pupilles fixaient les miennes avec une intensité insoutenable, maintenant qu'elles étaient animées par des pensées de foliesse.
Il tentait d'interprêter mes paroles sans oser en arriver à
la conclusion qui était pourtant la bonne.

Il voulait garder une certaine contenance.
Ses yeux marrons sondèrent les miens comme si j'étais nue face à lui, et que ses rayons X parcouraient tout mon corps. C'était fou, mais en plongeant dans le puits sans fond de ses prunelles, je perdais mes vêtements dans ma chute.
A un moment, je finirais par me noyer.
Ce serait alors la fin de la vie sans lui.
Et le début de la vie avec lui.
- Tu me juge? me demanda-t-il à mi-voix.
- Non... répondis-je dans un souffle.
Ses lèvres étaient si proches...
Une brise de vent glacée vint me secouer les cheveux.
Je frémis, regardai mes pieds.
Lorsque je relevai la tête, les lèvres entrouvertes, je sentis son
souffle s'engouffrer dans ma bouche.







votre






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