Bertrand fit un pas en
avant, se rapprochant d'elle, et Alexis battit en retraite,
reculant le plus près possible des escaliers, mais elle se
trouva bientôt prise au piège entre son agresseur et la
rambarde de bois.
- Dis-donc, tu as pas mal changé... je ne
t'aurais peut-être pas reconnue dans la rue, ç'aurait
été dommage, tu ne crois pas? dit Bertrand, riant à demi.
- J... je... balbutia
Alexis, tremblante.
Il était vrai que sa
peur de Bertrand avait contribué à son désir de
changer de style, d'apparence physique... mais c'était loin
d'en avoir été l'unique raison, puisqu'elle ne
s'était pas un instant souciée des recherches possibles
de l'objet de ses terreurs la concernant. Et maintenant qu'il
pensait cela... il était encore plus énervé, ça
se voyait dans ses yeux.

Il s'approcha encore
d'elle, juqu'à ce que leurs corps soient collés l'un
à l'autre, et elle sentit ses poumons s'emplir d'une odeur
âcre de fumée, mêlée à un parfum de
rouille, de sel... elle fut secouée par un haut-le-corps, et
tenta de se dégager, mais il 'en empêcha, le regard
furieux. Ses noires pupilles la terrorisaient. Il ne pouvait pas
être humain. Il était fou! Elle était entre
les mains d'un malade mental.
- Tu veux t'en aller....
- Non...
- Si, mais tu ne le feras pas.
- NON ! Non, j't'en supplie...
Son coeur battait à
tout rompre, tel un pauvre oiseau enfermé dans une cage bien
étroite, voletant vainement dans tous les sens pour tenter de
se dégager, pour sortir de cette stupide cage de vie qui ne
servait plus à rien, tentant de s'asphyxier en sortant de son
espace vital avant le massacre qui déterminerait sa fin, ne
laissant pas même une ombre de sa pâle
existence.

Il descendit son visage
jusqu'en face du sien, et caressa ses cheveux de sa main droite,
les enroulant autour de ses doigts longs et fins,
diaphanes.
- Ca te va bien, cette nouvelle coiffure...
Alexis ne répondit
rien, effrayée.
Tout en lui la
dégoutait : de son teint blanchâtre, sa peau mal
lavée, son visage qui frôlait le sien, ses yeux
cernés de violet et vides de sens, de raison... ses taches de
rousseur qui ressortaient mal sur ses joues crasseuses, en devenant
presque jaunes... on aurait dit un cadavre, sa peau était
comme faite de craie, et la sensation de sa main caressant sa joue
et ses cheveux lui donnait l'envie de pleurer et de vomir à la
fois, pour finalement lui donner le désir de
mourir.
- T'as pas entendu? dit-il, fronçant les sourcils. Je viens
de te faire un COMPLIMENT! ajouta-t-il en
criant, brisant ses tympans et tirant d'un coup brusque sur ses
cheveux, les aggripant de toutes ses forces.
Alexis hurla de douleur,
obligée de se mettre à quatre pattes par terre sous cette
attaque. Bertrand riait. Dans un reste d'instinct de survie, elle
le poussa faiblement en avant et tenta de filer vers la droite,
mais il la saisit comme si elle n'avait été qu'une
vulgaire poupée de chiffons, et la projeta brutalement
contre les marches raides des escaliers.
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